Stratégie
Content

Ecrit par
Jessica Servain
Fondatrice de Joynt | Experte Branding & IA
Vous n'avez pas l'impression que beaucoup de contenu se ressemble en ce moment ? Mêmes tournures, même rythme, même structure. C'est le problème central de toute stratégie de contenu augmentée par l'IA : sans cadrage, le contenu produit ressemble à tout le monde.

Chaque modèle IA a sa propre empreinte stylistique
Je le remarque immédiatement quand je lis un contenu généré tel quel par une IA : aucune idée de départ apportée par un humain, aucune retouche ensuite. L'IA a tout fait, du début à la fin. Et ça se voit.
Parce que chaque modèle a ses tics, ses tournures favorites, son registre par défaut. Si personne ne lui dit qui vous êtes avant qu'il commence à écrire, il écrit comme lui. Pas comme vous.
Gemini a un champ sémantique très marqué autour de la guerre et de la compétition. "La bataille se joue dans...", "Le nerf de la guerre", "un terrain miné", "dans cette course effrénée", "conquérir des parts de marché"... Si vous lisez un article et que vous avez l'impression d'être dans un briefing militaire, il y a de fortes chances que Gemini soit passé par là sans qu'on lui ait demandé de se calmer.
ChatGPT est plus friendly. Phrases courtes, ton accessible, tendance aux listes à puces, et une utilisation généreuse des emojis quand on ne lui dit pas de s'en abstenir. C'est agréable à lire, mais ça ressemble à des milliers d'autres contenus produits avec le même modèle, avec le même réglage par défaut.
Claude, et je dis ça sans parti pris, est celui qui respecte le mieux une personnalité de marque quand on lui donne les bonnes instructions. Par contre, il aura tendance à abuser des tirets (—) au milieu des phrases si on ne lui dit pas de s'en abstenir.
Aucun LLM (modèle) n'est magique. Tous ont besoin qu'on leur dise qui on est avant de parler en notre nom.
Le vrai problème : l'absence d'angle avant l'outil
Beaucoup de dirigeants et d'équipes marketing font la même erreur dans leur stratégie de contenu : ils ouvrent l'outil en premier. Ils tapent "écris-moi un article sur [sujet]", corrige vaguement et publient ce qui sort.
Le résultat, c'est de la production de contenu IA techniquement correcte et stratégiquement vide. Parce que l'IA ne sait pas ce que vous pensez vraiment du sujet. Elle ne sait pas quel angle vous voulez défendre, quel lecteur vous voulez convaincre, quelle action vous voulez déclencher. Elle va donc faire ce qu'elle fait par défaut : produire quelque chose de raisonnable, équilibré, inoffensif.
Et "inoffensif", en marketing de contenu, c'est une autre façon de dire "invisible".
Comme je l'expliquais dans mon article sur le marketing augmenté, un bon prompt ne remplace pas un bon positionnement. L'IA amplifie ce que vous lui donnez. Si vous ne lui donnez rien, elle vous donne son style à elle.
La méthode : l'humain avant, l'humain après
L'IA ne remplace pas l'humain dans le processus de création de contenu. Elle s'insère dedans. Pour que ça fonctionne, il y a trois choses à mettre en place avant même d'ouvrir le moindre outil.
Étape 1 : La charte de personnalité et de ton
Avant d'utiliser n'importe quel outil IA dans sa stratégie de contenu, il faut lui fournir une charte de personnalité de marque. Cette charte peut être un document complet et détaillé, et c'est même recommandé ! Ce qu'on déconseille, c'est de tout coller en vrac dans un prompt à chaque fois. L'idéal, c'est de structurer les éléments essentiels autour de trois questions :
Comment la marque parle-t-elle ? (ton, registre, niveau de langage)
Quelles expressions sont dans son vocabulaire ? Lesquelles ne le sont jamais ?
Quel est son point de vue sur son marché ? (ce qu'elle croit, ce qu'elle remet en question)
Ce socle, on le configure une bonne fois pour toutes et on l'enrichit au fur et à mesure (car oui une marque ça évolue).
Étape 2 : Passer par un outil configuré, pas l'interface grand public
La bonne pratique, c'est de ne pas utiliser les interfaces grand public des modèles directement. Chaque outil a sa version dédiée : un Gem (chez Google), un GPT personnalisé (chez OpenAI), ou un Project (chez Anthropic). Dans chacun, on intègre la charte de marque, les exemples de contenus existants, et les instructions éditoriales permanentes. L'outil se souvient de qui vous êtes à chaque nouvelle conversation. Vous n'avez plus à tout réexpliquer à chaque fois.
En réalité, l'humain intervient à deux moments dans une stratégie de contenu IA. Avant : pour donner la matière, l'angle, le point de vue. Après : pour relire, ajuster, réinjecter la voix de marque. Sans ces deux étapes, ce qui sort n'appartient à personne.
Même avec la meilleure configuration du monde, ce qui sort n'est pas à prendre pour argent comptant. C'est une base de travail, pas un livrable final. Le regard humain reste indispensable pour valider que le fond est juste, que l'angle est le bon, que le ton sonne vraiment comme la marque.
Étape 3 : Définir l'objectif et le canal avant d'écrire
C'est là où beaucoup se trompent encore dans leur stratégie de contenu. On ne produit pas "du contenu". On produit un article de blog, ou un post LinkedIn, ou un email de nurturing. Ce n'est pas du tout la même chose, et la production de contenu IA doit s'adapter à chaque canal.
Écrire pour le SEO, c'est construire une stratégie de contenu autour des questions que les gens tapent dans Google. Le contenu doit être dense, structuré, avec des mots clés précis, des H2 bien pensés, une réponse claire et complète. L'objectif : être trouvé et être lu jusqu'au bout.
Écrire pour le GEO (être cité par les LLMs comme ChatGPT ou Claude), c'est différent. Les modèles ne comptent pas les mots clés. Ils cherchent des contenus qui répondent précisément à une question, avec un point de vue clair et des informations vérifiables. Un article GEO-optimisé est opinioné, sourcé, suffisamment spécifique pour qu'un LLM puisse le citer comme référence. La longueur compte moins que la précision.
Écrire pour LinkedIn, c'est encore autre chose. Le format récompense l'accroche forte, la prise de position tranchée, le vécu personnel. Une idée par post, pas un résumé d'article de blog. Et surtout : LinkedIn n'est pas un canal de marketing produit. Pousser ses offres à tout va, c'est le meilleur moyen de perdre son audience. Ce que les gens viennent chercher sur LinkedIn, c'est de l'expertise, du point de vue, de l'expérience partagée. Pas une pub déguisée en contenu.
Même sujet. Trois formats. Trois stratégies complètement différentes. Donner le bon canal à l'IA avant de lui demander d'écrire change radicalement le résultat.
Ce que j'utilise personnellement
Je travaille avec plusieurs modèles selon les tâches. Mais pour tout ce qui touche à la voix de marque dans une stratégie de contenu, écriture de contenus, tone of voice, copywriting, Claude est mon préféré. Il a une capacité à s'imprégner d'une personnalité et à la tenir dans la durée que je ne retrouve pas au même niveau ailleurs.
Cela dit, même Claude peut dériver vers le générique si on ne lui donne pas les bonnes grandes lignes dès le départ. J'insiste : aucun modèle ne compense l'absence d'un brief clair. Le meilleur outil du monde ne sait pas ce que vous voulez dire si vous ne le lui avez pas dit.
Ce qu'on retient
Le problème du contenu IA générique n'est pas un problème d'outil. C'est un problème de stratégie de contenu mal construite. Et souvent un problème d'identité de marque non travaillée en amont.
Les entreprises qui réussissent leur stratégie de contenu IA ont toutes fait le même travail avant d'ouvrir le moindre outil : elles savent qui elles sont, comment elles parlent, et ce qu'elles ont à dire. L'IA fait le reste plus vite. Mais c'est elles qui décident de la direction.
Un bon prompt ne remplace pas un bon positionnement.
Joynt est une agence de marketing augmenté basée à Paris. On aide les dirigeants de PME et de startups à construire leur identité de marque et à intégrer l'IA dans leur stratégie marketing, sans perdre leur voix. Prenez rendez-vous avec nous.
